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SénégalSi la notoriété de la très " populaire " et non moins " populeuse " commune d’Abobo a dépassé les frontières de son district à Abidjan, c’est en partie le fait des FRCI. Abobo concentre le plus grand nombre d'éléments des Forces Républicaines de Côte d'Ivoire. Organisés en factions armées, elles s'y affrontent régulièrement à armes lourdes et légères, pour, dit-on, régler leurs différends. Bienvenue au Far West. Un surnom bien trouvé par les Abidjanais, si l'on s'en tient aux " dommages collatéraux " que ces affrontements provoquent au sein de la population. Immersion dans le Western tropical.
Très mal classée à l’indice mondial de sécurité par les organisations non gouvernementales (ONG) internationales dont " International crisis group ", la Côte d’Ivoire fait face depuis peu à un phénomène à la fois surréaliste et inquiétant. Ce dernier n’est autre que la guerre sans merci que se livreraient les bandes, pardon, les factions armées rivales. Le lieu choisi pour cette partie de " pistoléros " : la commune d’Abobo.
Abobo, une caserne géante
Située au nord du district d’Abidjan, la commune a été le bastion de la révolte après les élections présidentielles de 2010. Durant la période de crise qui divisa l'opinion ivoirienne, Abobo avait la réputation d’être très favorable à Alassane Ouattara. Nombre de jeunes se réclamant partisans de l’actuel Chef de l’Etat y ont pris les armes au nom de la défense du droit et du rétablissement de la justice. Une situation inédite qui va littéralement transformer Abobo en caserne géante. Aussi, bâtiments et édifices publics, concessions et habitations privées, locaux, entrepôts et magasins vont être pris d’assaut par des hordes de jeunes armés. Site après site, chacun se verra octroyé une fonction militaire par cet Etat-major épars.
Les deux cités universitaires d'Abobo 1 et d'Abobo 2, le dépôt 9 de la société des transports abidjanais (SOTRA), le bureau de poste Abidjan 14, les hôtels Zodiac et le Palais, pour ne citer que ceux-là, tous vont changer de statut et devenir par la force des choses des lieux de retranchement pour les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). Les rues, elles aussi, ne sont pas en reste. A Abobo, la " casernisation " ne fait pas de quartier. (Le néologisme est de votre serviteur).
Alors, il n’était pas rare de croiser à pieds, à moto, ou déambulant à bord de véhicules banalisés des groupes armés aux poings, si ce n'était en bandoulières. Jeunes et vieux, filles comme garçons, ni l'âge ni le sexe ne fut un frein pour s'enrôler. Le recensement officiel établi par les autorités gouvernementales sur le nombre de combattants dans la commune d’Abobo annonce 8000 combattants et 200 commandants (chefs de factions). Un chiffre " en deçà des estimations réelles sur le terrain " commentent les spécialistes des questions ivoiriennes.
Les factions armées font leur apparition
Qu’à cela ne tienne. Les combattants, comme ils se font appeler, vont se constituer en factions ou en bandes (c’est selon) armées. Tous auront à cœur de s'affubler de noms extravagants comme de directions ou commandements (sic). A la tête de ces " armées " : quelques pontes de l’ex-rébellion auxquels s'ajouteront des anciens militaires déserteurs de l’armée régulière et des civils. Compagnie " Farra ", compagnie " Léopards ", compagnie " Bélier ", compagnie " Jah Gao ", " Les Guerriers de la lumière ", Compagnie " Atchengué "… Que de factions constituées. Déployées sur toute l’étendue de la commune d’Abobo, elles font la loi avec le seul code qu’elles connaissent : les armes.
La commune partagée en territoires autonomes
Voilà la commune d’Abobo partagée en " territoires autonomes ". Chaque faction règne en maîtresse absolue sur son territoire qu’elle administre avec brutalité et férocité. Un territoire qu'elle a, bien entendu, seule délimité. Ces justiciers d’un autre âge s'adonnent à cœur joie au rançonnement des populations, au prélèvement de taxes et impôts divers en lieu et place de l’Etat. " C’est à une véritable razzia que nous avons assisté. Ils ont tout pillé ", se souvient Karamoko Daouda.
Le butin de guerre a pomme de discorde
" On nous a promis que nous serions récompensés, si on chassait Gbagbo du pouvoir. Mais depuis lors, on ne voit rien venir. C’est pour ne pas sortir perdants, que nous avons voulu rentabiliser notre combat en nous payant nous-mêmes ", se défend Cissé Mamadou de la compagnie Jah Gao. Ainsi, si l’on s’en tient aux propos de cet élément, la pomme de discorde à l’origine des affrontements n’est autre que le butin de guerre que chaque faction comptait engranger. Mais les temps changent : " On le fait loin de notre camp pour ne pas attirer l’attention des riverains ", déclare Koné Lassana, élément de la Compagnie Farra. " Cela est fait dans le but d’accuser la compagnie située dans la zone où les actes ont été commis. "
Pour l’honneur
Reste qu'une compagnie qui voit son territoire violé par une autre réagit toujours pour " laver son honneur ". A la guerre comme à la guerre : il se lave dans le sang.
Vendredi 30 décembre 2011. L’atmosphère de fête est soudainement déchirée par des crépitements d’armes. Renseignement pris, ce sont les éléments de la compagnie Jah Gao et ceux de la compagnie Bélier qui s’affrontent. La raison ? Les deux factions se disputent la paternité d’un barrage. Et pour s’attribuer cette source de revenus, elles ont décidé de s’affronter à la kalachnikov. " C’est une question d’honneur et même s’il faut qu’on le lave dans le sang, on n’hésitera pas. Et c’est ce qui s’est passé ce jour-là, où une faction rivale est venue empiéter sur notre territoire ", soutient le commandant Dosso Meko de la compagnie Bélier. Scène surréaliste et pourtant devenue monnaie courante à Abobo. Malgré le décret présidentiel interdisant la circulation des hommes en armes et en uniformes, les rivalités entre factions armées continuent de se régler à coups de fusil.